Si
l'on parle beaucoup des dysfonctions érectiles après la chirurgie du
cancer de la prostate, celles survenant après le traitement du cancer colorectal
restent encore peu souvent évoquées. Elles semblent pourtant
fréquentes, si l'on en croit une étude réalisée par une équipe du
Royaume Uni.
L'étude
est menée sur la base d'interviews de 24 patients traités pour un
cancer colorectal. Vingt de ces patients rapportent des troubles de la
fonction érectile et
19 estiment que ces troubles sont la conséquence des traitements reçus.
La moitié d'entre eux ajoutent toutefois qu'ils sont aussi le résultat de
facteurs psychologiques en lien avec le cancer, et un quart pense que
l'âge ou un mauvais état de santé entrent en ligne de compte.
La plupart des patients disent ne pas avoir été prévenus de ce possible effet secondaire.
Curieusement,
alors que les troubles de la fonction érectile sont évoqués comme
générateurs de stress, affectant l'image de soi, le comportement et les
relations sociales, certains patients ne les considèrent pas comme un
problème de santé prioritaire et la majorité d'entre eux n'a pas demandé d'aide auprès des
professionnels. Parmi les 20 malades interrogés, aucun n'a de traitement
adéquat ou efficace pour ce problème au moment de l'enquête, certains ayant abandonné la partie après l'échec d'un traitement par un inhibiteur des phosphodiestérases de type 5.
Selon les auteurs, les praticiens pourraient retenir trois enseignements de cette enquête.
*Tout
d'abord, l'âge des patients ne doit pas être un obstacle à la prise en
charge d'une éventuelle dysfonction sexuelle. Les patients les plus
âgés peuvent être
offensés par des idées toutes faites assénées sur leur sexualité et le
praticien doit non seulement accepter le problème mais le faire sans idée préconçue.
*Ensuite,
les praticiens doivent reconnaître que les inhibiteurs des
phosphodiestérases de type 5 ne sont pas la panacée. Enfin, il faut
avoir conscience que
la majorité des patients atteints de dysfonction érectile ne viendra pas
demander spontanément de l'aide. Il est donc nécessaire de les amener à aborder la question.
*Les
auteurs déplorent enfin le peu d'informations dont bénéficient les
patients traités pour un cancer colorectal sur le sujet des dysfonctions
érectiles, alors que les conséquences du traitement du cancer prostatique font l'objet d'une littérature foisonnante.
Dowswell
G. et coll.: Men's experience of erectile dysfunction after treatment
for colorectal cancer: qualitative interview study BMJ 2011 |